En bref
Un enfant qui ne veut pas faire ses devoirs ne voit souvent pas à quoi ça sert, doute d’en être capable ou se sent trop contrôlé.
✔️ « À quoi ça sert ? » est la question qui compte le plus. C’est elle qui prédit le mieux la motivation des élèves du secondaire (Viau, Université de Sherbrooke).
✔️ Les devoirs aident surtout au secondaire. Au primaire, leur lien avec les notes est presque nul (Cooper, Université Duke).
✔️ L’effort compte plus que le temps. Une heure sur un devoir peut vouloir dire « il travaille fort » ou « il est bloqué » (Trautwein, Université de Tübingen).
✔️ Plus d’aide n’est pas toujours une meilleure aide. Un parent qui fixe un cadre clair aide. Mais contrôler ou forcer l’aide sans qu’on le demande peut parfois nuire (Pomerantz ; Patall et Cooper).
✔️ Vers 12-14 ans, l’implication des parents marche le moins bien. C’est le moment de garder les règles et de lâcher le détail.
Alors pour un enfant qui ne veut pas faire ses devoirs, il vaut mieux distinguer plusieurs problèmes possibles:
1️⃣ Il ne veut pas commencer. Cela peut ressembler à de la procrastination.
2️⃣ Il commence puis abandonne. La difficulté peut être la persévérance, la compréhension ou le sentiment de compétence.
3️⃣ Il ne voit aucune raison de le faire. Ici, le problème peut être la valeur qu’il donne au travail.
Chaque devoir devient une bataille avec vous, parents. Le problème n’est alors plus seulement le devoir : le contrôle parental peut lui-même faire partie du conflit.
Dans cet article:
Les devoirs virent à la bataille chaque soir ?
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Pourquoi un enfant refuse de faire ses devoirs
Un enfant fait ses devoirs quand il répond « oui » à trois questions. S’il répond « non » à une seule, il bloque.
C’est le modèle de Rolland Viau, chercheur québécois de l’Université de Sherbrooke. Les trois questions que l’enfant se pose sans le dire :
- « À quoi ça sert ? » (la valeur)
- « Suis-je capable ? » (la compétence)
- « Est-ce que j’ai mon mot à dire ? » (le contrôle)
Dans une étude de Viau auprès d’élèves du secondaire, c’est la première question, « à quoi ça sert ? », qui prédisait le mieux la motivation.
Un ado qui ne voit pas l’utilité d’un devoir aura beaucoup de mal à s’y mettre, même s’il en est capable.
Faire semblant de s’en ficher, c’est parfois se protéger.
Le psychologue Martin Covington a montré qu’un élève qui a peur d’échouer préfère parfois ne pas essayer. Comme ça, s’il rate, personne ne peut dire qu’il n’est pas capable.
L’effort compte plus que le temps.

L’équipe d’Ulrich Trautwein (Université de Tübingen) a suivi 1 915 élèves de 13-14 ans. Elle a trouvé cinq types d’élèves face aux devoirs :
| Type | Ce qui se passe |
|---|---|
| L’élève rapide | Peu de temps, mais bon effort |
| Le travailleur | Beaucoup de temps et beaucoup d’effort |
| L’élève moyen | Ni trop, ni trop peu |
| L’élève en difficulté | Beaucoup de temps, mais ça ne rentre pas |
| Le minimaliste | Le moins possible |
Une grande méta-analyse sur la motivation scolaire a conclu que:
La motivation intrinsèque est associée à la réussite et au bien-être, tandis que la perception d’une raison ou une valeur personnelle dans le travail est particulièrement liée à la persévérance.
À l’inverse, une motivation surtout fondée sur la récompense ou la peur de la punition n’était pas associée à une meilleure performance ni à une plus grande persévérance.
Donc, évitez cette pensée:
« Il faut simplement lui donner envie. »
Avant de chercher comment le motiver:
« Cherchez ce qui bloque : commencer, comprendre, persévérer, s’organiser ou voir l’intérêt du travail. »
Deux enfants peuvent donc passer une heure sur leurs devoirs pour des raisons opposées. L’un travaille fort ; l’autre est bloqué. Le temps seul ne dit pas ce qui se passe.
Autre détail intéressant :
Les filles font en moyenne plus de devoirs que les garçons, en partie parce qu’elles gèrent mieux leurs émotions et leur motivation face à la tâche.

Mon ado ne veut pas faire ses devoirs: Que faire?
Le signal important pour votre ado est surtout le changement ou l’extension du problème.
Par exemple :
- L’ado refusait rarement ses devoirs et, depuis quelques semaines, refuse soudainement tout travail.
- Il/elle ne dit plus seulement « je ne veux pas faire mes devoirs », mais « je ne veux plus aller à l’école ».
- Il/elle semble très anxieux, triste ou en détresse face à l’école.
À ce stade, il faut chercher ce qui se passe avec l’ado plutôt que de renforcer simplement les sanctions.
Les revues sur le refus scolaire montrent notamment des liens importants avec l’anxiété et avec différents besoins ou problèmes liés à l’école.
Une revue systématique a identifié l’anxiété et les besoins d’apprentissage parmi les principaux facteurs distinguant les jeunes présentant un refus scolaire des autres élèves.
Une autre revue de 30 études confirme une relation étroite entre refus scolaire et différentes formes d’anxiété.
Ceci peut signaler une difficulté scolaire ou psychologique plus large. Si votre ado semble surtout triste ou sans énergie, lisez aussi comment faire face à un ado dépressif.
Quand l’aide des parents aide, et quand elle nuit
Aider plus ne veut pas dire aider mieux. C’est la façon d’aider qui fait la différence.
« Plus n’est pas toujours mieux. » Le titre de l’étude de référence d’Eva Pomerantz le dit déjà.
Les parents qui laissent de l’autonomie à leur enfant l’aident à mieux réussir. Les parents qui contrôlent tout freinent sa réussite scolaire, et cet effet dure jusqu’à l’adolescence.
Ce que les experts recommandent :
1. Les règles aident plus que l’aide directe.
Dans la synthèse d’Erika Patall et Harris Cooper (2008), fixer des règles claires (un moment, un endroit pour les devoirs) était plus lié à la réussite que les autres façons de s’impliquer.
2. L’aide non demandée peut nuire.
Selon les élèves eux-mêmes, l’aide peut parfois faire plus de mal que de bien quand le parent intervient sans qu’on le lui demande, ou quand il est perçu comme envahissant.
3. Au début du secondaire, ça se complique.
L’implication des parents dans les devoirs est liée à de meilleurs résultats au primaire et en fin de secondaire, mais à de moins bons résultats autour de 12-14 ans.
C’est l’âge où l’enfant veut le plus décider seul.
4. Les parents formés font la différence.
Quand on montre aux parents comment s’impliquer, les devoirs sont plus souvent faits et il y a moins de problèmes. Ce résultat vient de 14 études.
Le détail qui surprend :
Dans une étude auprès d’enfants de 3e année, les enfants se sentaient plus contrôlés que leurs parents ne le pensaient.
Et l’aide aux devoirs déclarée par les parents prédisait de moins bons résultats en lecture et en maths, alors que le soutien à l’autonomie en prédisait de meilleurs.
Ce que vous voyez comme de l’aide, votre enfant peut le vivre comme de la surveillance.
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Conseils aux parents pour les devoirs

Passez du rôle de surveillant à celui de consultant. Vous fixez le cadre ; votre enfant gère le contenu.
C’est aussi ce que proposent le neuropsychologue William Stixrud et Ned Johnson dans The Self-Driven Child (2018) : l’autonomie est la clé de la motivation.
Chaque conseil ci-dessous vient d’une des études approfondies et de notre expérience après presque une décennie de travail de coaching avec les jeunes de Montréal.
1. Fixez un moment et un endroit.
C’est la forme d’aide la plus efficace selon Patall et Cooper. Le reste, laissez votre enfant le gérer. Une routine du soir simple suffit souvent.
2. Aidez quand il le demande.
« Je suis là si tu bloques » vaut mieux que de vous asseoir à côté de lui sans y être invité.
3. Répondez à « À quoi ça sert ? ».
C’est la question qui pèse le plus selon Viau. Reliez le devoir à quelque chose qui compte pour votre enfant.
4. Coupez en petits morceaux. Un enfant qui se sent capable s’y met plus facilement.
5. Laissez-lui des choix. Par quelle matière commencer, avant ou après la collation. Choisir, c’est sentir qu’on a du contrôle.
6. Regardez l’effort, pas le chrono. Une heure à bloquer ne vaut pas 20 minutes concentrées. Félicitez la concentration, pas le temps passé.
7. Si ça s’éternise chaque soir, parlez au prof. Un devoir trop long est souvent un signe de difficulté, pas de paresse.
8. Entre 12 et 14 ans, reculez d’un pas. C’est l’âge où l’implication des parents est la moins utile. Gardez les règles, lâchez le contrôle du détail.
Vous vous demandez à quel âge un enfant peut faire ses devoirs seul ? Voici nos repères.
En conclusion
Ce que disent les meilleures synthèses…
Le résultat le plus important est assez clair : aider beaucoup un enfant à faire ses devoirs n’est pas forcément mieux que de l’aider.
Dans l’ensemble, un type d’aide ressortait positivement : le soutien à l’autonomie.
Autrement dit, aider l’enfant à prendre en charge son travail semble plus utile que le surveiller ou intervenir constamment dans le contenu.